vendredi 8 août 2014

Les TRASH du comte Zaroff, part 2


Il y a un an, celui qui n’était pas encore l’auteur de Night Stalker nous faisait l’honneur de chroniquer nos trois premiers romans. Et comme l’animal peut être considéré comme un dangereux récidiviste, il a remis le couvert avec les trois derniers parus. Voici ses avis :

MurderProd, de Kriss Vilà.

Christian Vilà prouve à lui seul que les anciens de la collection Gore n'ont pas dit leur dernier mot. Pour mieux célébrer un retour au genre, l'auteur publie un roman dégueulasse d'un ton très contemporain et moderne. MurderProd, une multinationale consacrée aux médias, manipule certaines personnes aux penchants pervers, pour tourner des snuffs et autres vidéos morbides (reportages de guerres par exemple) et inonde le web de ses images insupportables.
Ce roman mortifère est d'une puissance trash inégalée. J'ai aussitôt pensé à l'ambiance de "A Serbian Film" de Spasojevic par son traitement rude et infect. Rien ne vous sera épargné : scènes de tortures, sexe violent, bondage, travelos, lesbiennes, soumission, viols, sodomies, décapitations, zoophilie... et je vous épargne les séquences passées au Congo ! Ce roman de Christian Vilà monte le gore d'un cran et les jeunes auteurs comme nous ne peuvent que baisser la tête face à un tel maelstrom sanglant et réaliste. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains...

Sous la peau, de Nelly Chadour.

Nelly Chadour est une grande cinglée... mais de la pire des engeances : une cinglée talentueuse ! Première femme à honorer les Éditions TRASH (avec Schweinhund aussi ou pas ?), elle n'a pas à rougir de ses confrères masculins. Son bouquin est tout simplement remarquable. L'écriture est stylée, le scénario est efficace et rien ne sera épargné aux lecteurs. Modifications corporelles, scarifications, piercings, tortures, élévations avec crochets sous fond de rédemption, gang des Hole's Angels, secte de fanatiques religieux, inceste, tatouages, bain de sang et massacres festivaliers.
Cette foire aux freaks se meut dans une ambiance déviante et vengeresse. Vous assisterez, par exemple, à un accouchement qui m'a gelé d'effroi et c'est peu de le dire. Si vous désirez prolonger ce trip artistique, je vous conseille la lecture de "Corps outragés" (J'AI LU Épouvante - 1994) de la merveilleuse Kathe Koja. Madame Chadour, vous êtes la Reine du Gore et je baise vos pieds en cachant ma jalousie perfide. Doucement avec la cravache, maîtresse Nelly ! Et merci pour le dessin avec votre dédicace. Je vous embrasse pour ce roman d'anthologie et j'attends des nouvelles de Fetish.

Garbage rampage, de Julian C. Hellbroke.

Ce que j'aime chez cet auteur, c'est son univers où je me retrouve totalement. Même si je suis plus vieux d'une décade, nous pataugeons dans le même bourbier des nanars eighties, bavant devant un Invasion Los Angeles ou un Sudden Impact. Ce gore new-yorkais reprend le thème traditionnel (et fondamental) des créatures des égouts. Les plus pervers d'entre nous y retrouveront des souvenirs enfouis comme C.H.U.D ou STREET TRASH. Mais l'auteur est plus intelligent. Il ne se contente pas de régurgiter une pâle copie des RATS DE MANHATTAN même si la célèbre trilogie de James Herbert est encensée par le biais d'un personnage homonyme. L'auteur pose une intrigue fameuse aux accents glauques, l'atmosphère est puante, les bas-fonds sont suintants de médiocrité, la féminité est enfin mise en valeur par le dévouement et le professionnalisme. On y discerne quelques références littéraires, comme le détective de Gilles Bergal (Cauchemar à Staten Island) avec plaisir inavouable.

Avec Pestilence (chez le même éditeur), l'auteur avait rédigé un bouquin intelligent et expressif. Pour Garbage Rampage, on sent que l'écrivain s'est replongé dans l'essence du gore série B, qu'il s'est amusé dans la nostalgie pour fidéliser un vieux lectorat dont je fais partie. La structure du récit est un imbroglio de diverses influences, de Jackie Brown à Bad Taste. Les créatures n'ont rien à voir avec mes références citées (je veux vous embrouiller, bande de salopards) mais je veux partager mon ressenti de lecteur old school. Si je devais comparer ce mystérieux Julian C. Hellbroke à un écrivain de même acabit, je pense aussitôt à Chester Himes (pour le décor) et à une histoire culte, posant les bases de son délire trashy : L’île du Docteur Moreau. Eh oui les gars, ce Hellbroke est le H.G Wells du Gore. Il en a toutes les qualités imaginatives structurelles. À quand une prochaine invasion extra-terrestre façon Mars Attacks ou Guerre des Mondes ? Avec des tripailles évidemment !

Comme quoi le fait d’être un auteur doué n’interdit pas de reconnaître et saluer le talent de ses petits camarades. Merci pour vos mots, numéro six, et au plaisir de vous relire.