jeudi 28 mars 2013

PESTILENCE, la couverture, oui-da !


PESTILENCE, un roman de Deguëllus.

Une illustration de Vitta Van Der Vuulv.

Extrait: 

Les corps étaient dans le grand lit. Barbet, pourtant habitué aux cadavres de pestiférés, s'accrocha au chambranle, hésitant, écoeuré. Le père de famille avait le visage tourné vers lui et semblait le dévisager.  L'oeil gauche disparaissait sous une énorme cloque putride dont s'échappait une coulée séchée de pus brunâtre. Le nez était tombé, laissant un orifice à vif, aux pourtours rosacés recouverts d'un mucus glauque qui avait accompagné le pus dans sa chute, contournant tous deux une bouche aux lèvres constellées de bubons, figée en un rictus de douleur qui fit frissonner le médecin. 



mercredi 20 mars 2013

Dead bones


Voici les avis concassés de deux lecteurs qui n’ont rien de bêta. Enjoy.

C’est très impressionnant. Et je comprends à présent toute la difficulté de donner corps à un personnage aussi riche, de donner une idée du malaise qui étreint ce narrateur. On est vraiment dans un roman poisseux et oppressant, obligés que nous sommes de suivre les sombres pensées - pourtant captivantes mais répugnantes - de cet étrange asocial. Ambiance à la Maniac, plongée dans la psyché, dans l'abîme, dont on ne revient pas indemne. Je crois que c'est plus que du gore, là, c'est une odyssée bien plus poignante, et franchement ça va vraiment plus haut, plus loin. Et tant mieux, parce que c'est ce type d'ouvrage qui va tirer la collection vers le haut et lui donner ses lettres de noblesse (si, si, j'assume) parce que là, c'est pas du Z, c'est pas de la provoc, cela semble être les prémices d'un réel roman noir et rouge bien trippant.

Les chapitres se suivent, très courts mais très denses. Le style que tu utilises, brillamment maîtrisé, est très riche. C'est presque parfois de la poésie ou des paroles de chanson qu'on a l'impression de lire. Alors forcément, c'est à la fois immersif, ça parle aux émotions mais aussi à celui qui aime prendre son temps à lire, relire, analyser. Je me suis surpris à déguster le texte sans chercher à savoir absolument ce qui se passe, en lisant rapidement. Les chapitres courts sont indispensables car ils permettent la respiration et de garder des scènes ciselées, efficaces, qui ne se perdent pas en route. Car les cheminements sont tortueux. Et il règne une ambiance mortifère et poisseuse. Un truc tarabiscoté dans la tête d'un tueur dans laquelle on a à la fois envie de prolonger son séjour, par un attrait morbide et aussi envie de se barrer et d'ouvrir la fenêtre pour respirer un peu d'air frais.

En voilà des scènes pleines de saine camaraderie. Ils savaient s'amuser dans les caves glauques des années 80 !! C'est nerveux et douloureux à la lecture, je crois que là tu fais mouche. Et mention spéciale aux dialogues, qui sonnent vraiment réalistes. C'est très "sec". Dans l'action comme dans la narration. Sec, froid et sans pitié. La scène du chien dans le parc est glaçante. L'après crime de la nana dans l'appart est bien trashos aussi. Bref, je pense qu'il y a là une volonté d'égarer, de noyer, de rendre la perception des choses confuses et c'est tant mieux, car justement, c'est en se perdant et en abandonnant ses repères qu'on rentre vraiment dans le bouquin. Et je crois là qu'on va tenir un moment notre sommet de trash psychologique «  dans la tête d'un tueur ».

Je viens de le terminer ce matin et j'aime beaucoup la scène finale et le double épilogue. Globalement le rythme ne faiblit pas, les visions hallucinées sont toujours renouvelées, on ne s'ennuie jamais et il est amusant de tenter de discerner la réalité à travers les sombres fantasmes du protagoniste principal. Quant au devenir du héros, il ouvre la porte à une (très attendue, pour ma part) séquelle, dans tous les sens du terme. Bref, beaucoup aimé, vraiment.


Bon. J'ai relu et terminé Bloodfist.
Déjà, j'y ai trouvé les éléments qui permettent sans ambiguïté de le placer dans la famille TRASH. Certaine ponction d'estomac par le plus court chemin, ce genre de pratique qu'on trouverait déplacée chez je-ne-sais-quelle-germanopratine-ménopausée-du-sentiment-humain-et-donc-qui-croit-faire-illusion-en-écrivant-avec-sa-vulve-rancie-par-les-pénétrations-stériles-de-son-éditeur (merci de m'avoir fourni l'occasion de la placer, celle-là). Là, c'est introduit avec un naturel confondant, par l'onctueuse vaseline de l'écriture. Une fois passé le pont formé par les chapitres 4-5-6, sorte de leçon de vaginisme à l'usage des lecteurs impatients de fouailler l'affaire, on nage dans le bonheur, on ralentit même la lecture afin de savourer le va-et-vient de l’œil sur la page, l'injonction étonnamment réussie à se délecter d'une pénétration contradictoire : plus ce sera lent, plus ce sera sauvage.

J’aime vraiment ton texte.  On ne sait pas vers quoi on se dirige -on le sup-ppp-pp-pute. On pressent le pigeon-farci. La lecture rend un peu tendu, on se dit : c'est à deux doigts de péter grave n'importe quand sans prévenir. Le contenu de la tête du narrateur est un rendu-puzzle très réussi. Et il y a une fillette et son chien !... Et des banquiers dans les enfants !... Comme tout cela est amusant !... :-) :-) :-) Bref, c'est fragmenté, étrange, cela génère une appréhension, à savoir : cela sera-t-il maitrisé ? Perds-je mon temps à me laisser embrouiller ? Bref : sera-ce de la couille ? Ah ! Non. Ce n'est pas de la couille. C'est juste de l'hypnose. (Attention, n'imaginez pas un hypnotiseur tenant une couille entre le pouce et l'index, lui impulsant un mouvement pendulaire et murmurant au lecteur : lisez, je le veux, achetez, lisez et appréciez, comme sait le pratiquer le critique littéraire moyen.)

De la belle et bonne hypnose. Un récit qui fait peur et qui se tient. D'où, pour ma part - mais je suis d'un naturel plutôt contemplatif et les images en suspension m'attirent, celles qui n'ont pas de conclusion immédiate - reste gravée sur ma rétine de simple lecteur, l'image d'un homme-seringue (et même d'un Bastet-seringue, pour peu que je cède à l'injonction du texte, qui veut me perdre) ; et, surtout, la scène du jardin public, avec la petite fille, à ce point du récit, on craint de s'être fait happer par l'esprit d'un immonde - mais on ne l'a pas encore véritablement croisé -  la scène génère un visuel surréaliste, les vieux qui désertent, le chien, la boue, le regard de la gamine - qu'on laisse cruellement vivre - l'âme du récit est là pour moi, qui se dévoile.

Ici, précisément, la palette TRASH s'enrichit d'une couleur propre. Je pourrais dire que TRASH va bien plus loin que GORE car les trois textes explorent la matière écrite, ce n'est pas seulement de l'éventration, il y a, hasard sans concertation, quelque chose d'une exigence brute à jouer avec le récit. Mais je ne le dis pas, car je n'ai pas encore terminé PESTILENCE.
Que je vais retrouver, après avoir écrit : bravo Schweinhund.
Vraiment.

Julien H. et Robert D. semblent avoir goûté Bloodfist. Et vous, ça vous met en appétit ?

lundi 11 mars 2013

Bloodfist, TRASH n°3: illustration de couverture


Par Vitta Van Der Vuulv. 
Un roman de Schweinhund.

« Pendant ce temps, le chef poursuivait sans pitié l’exploration de sa grotte intime en y introduisant des stalactites qui raclaient les parois. Moins sous l’effet de la douleur que sous celui de la honte, le supplicié se mit à hurler. Et comme prévu un méchant coup de coude fit éclater sa bouche.
Dix minutes plus tard le bol de glaçons était vide.
Mais pleurer du sang par la bouche et de la glace pillée par le cul n’a jamais empêché personne de parler. Au contraire. »




vendredi 8 mars 2013

Le GORE, c'est bon, mangez-en !




Le Collectif TRASH n'est pas né de rien. La collection GORE, éditée au Fleuve Noir, comptant 118 romans, active durant toute la fin des années 80, représente un peu notre môman spirituelle. Celle dont on était si proche et dont on n'a pas supporté qu'elle crève et donc qu'on a déterré puis becté après que la viande ait faisandé pendant un moment. Pour ensuite vomir de petits nodules putréfiés qu'on commençait pourtant à digérer. Je l'avais bien dit à Schweinhund qu'il fallait plus de sauce barbecue...

Et comme on aime bien vous faire profiter de ce qu'on rend, le collectif TRASH vous propose de tout petits résumés de bouquins GORE qu'on trouve bien sympathiques à lire. 

Ces petites chroniques, pour les plus attentifs d'entre-vous, sont déjà, pour certaines, parues dans le fanzine La Tête en l'ère, la publication de l'asso ImaJn'ère, où sévissent déjà une partie des membres de cette troupe dégénérée. 


Commençons par Les Larvoïdes, de Shaun Hutson.
Gore n°15, édité en janvier 1986


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Ça raconte quoi ?

Harold Pierce a un lourd passé. Il a fait brûler accidentellement sa maison, avec son petit frère à l’intérieur. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur la mort du nouveau né (on a rarement vu introduction plus jusqu’au-boutiste dans la démarche gore). Depuis, il vit à l’asile. Mais quand celui-ci ferme ses portes, il est recueilli par un hôpital qui lui propose un job d’homme d’entretien et une petite maison de fonction. Un travail ingrat qui contente cependant Harold, routinier, discret et plutôt asocial. Jusqu’à ce qu’on lui demande de faire brûler les corps des fœtus avortés dans le four crématoire de l’hôpital. Là, ça commence à salement dégénérer.

Dans le même temps, Paul Harvey, un tueur sanguinaire, est en cavale tandis que – ce qui n’a rien à voir – plusieurs femmes sont sur le point d’avorter dans ce même hôpital.

Le cocktail se met en place, un cocktail au goût ferreux, à la note légèrement putrescente et au rond heu… piquant.

Pourquoi lire ce Gore ?

Parce que c’est un roman qui prend aux tripes, évoque des thèmes très durs comme l’avortement, sans se préoccuper de ménager le lecteur. Parce que des avortons (littéralement) maléfiques qui reviennent à la vie pour se nourrir des vivants, c’est quand même cinématographique en diable. Parce que le roman se dévore en quelques heures, sans trop de temps morts et avec une galerie de personnages bien typés.

Et les jauges ?

Ces jauges ne sont en aucun cas une note de « réussite », c’est juste notre manière affectueuse d’évaluer à quel point les dégradés de rouge deviennent ici des rouges dégradants.

GORE et tripailles : 9/10
VIOLENCE et scènes choc : 9/10
SEXE et heu… cul : 4/10 (avec cependant une très belle scène purement gratuite, c’est ça qu’est bon !)

Alors, ça vaut le coup ?

Fonce, Alphonse (désolé, aimable lecteur si tu ne t’appelles pas Alphonse), ce petit roman bien crado est même l’idéal pour découvrir la collection. Sans tabous, bien trashos, il met dans le bain direct. Shaun Hutson est d’ailleurs coupable d’autres méfaits chez Gore, comme La Mort Visqueuse, en deux tomes, parce que comme chacun sait, plus c’est long…
Donc si t’en reveux, y’en re-n’a !


A bientôt pour une nouvelle chronique ! Et en attendant, n'oubliez pas, mangez du boeuf roumain !